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« coupable d’être placé » un assistant familial témoigne

Récit écrit par Damien Maes aux éditions Baudelaire -parution en février 2020

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 « Coupable d’être placé »

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Il y a un an nous avions écrit une tribune suite à la diffusion du reportage « pièces à conviction » et du débat qui s’en suivit au cours duquel nous avions été choqué par l’absence sur le plateau de tout assistant familial et de la vision très archaîque et déplacée que faisait de nous l’ex-journaliste Françoise Laborde. Nous avions alors intitulé notre tribune : « absent du débat: l’assistant familial n’aurait il rien à dire? ».

Aujourd’hui, voici qu’ un assistant familial parle et écrit,  nous racontant son expérience dans un ouvrage dont nous voulions partager et saluer ici la prochaine parution.
L’auteur, Damien MAES, après une vie d’entrepreneur dans la certification agroalimentaire, choisit à 52 ans, en 2011 avec son épouse de devenir famille d’accueil. Pendant 7 ans, ils accueillent une trentaine d’enfants.
Cette plongée dans le monde de l’aide sociale à l’enfance a été sidérante. Ils souhaitent partager leur expérience et alerter sur les dysfonctionnements impactant la vie des enfants placés.

voici ce que Damien Maes dit à propos de son ouvrage:

Sur 129 pages, trois histoires d’enfants placés par la justice dans notre famille : le récit de notre vie quotidienne avec ses peines et ses nombreuses joies.
Les aberrations du système que nous découvrons et leurs conséquences sur la vie des enfants. Nous nous bagarrons souvent avec les services de la protection de l’enfance.
Les instants de bonheur partagés, la richesse de cette expérience et la fierté d’avoir lutté pour accompagner au mieux ces enfants
Sur 49 pages, à partir de situations concrètes, 75 propositions d’améliorations classées par thématique :
du statut des familles d’accueil en passant par les pratiques professionnelles jusqu’aux changements du dispositif d’accompagnement actuel censé protéger l’enfant.
Public visé : Educateurs spécialisés, Assistants familiaux, Protection Judiciaire de la Jeunesse,
Décideurs institutionnels, Elus départementaux et tout public sensibilisé à ce sujet.

Extraits :

Pierre et Jean, page 21
« 6 personnes, les yeux rivés sur cette famille qui est face à nous. J’ai le sentiment que nous
ne faisons que renforcer la culpabilité de cette maman. Nous sommes forts, nombreux et
puissants. Nous représentons l’ordre et la justice. Nous avons le pouvoir. Avec du recul, que
de souffrances pour cette famille qui m’apparait toute petite et fragile !
Notre inexpérience en tant que famille d’accueil nous a fait adopter la même attitude que les autres professionnels : des sourires, de l’empathie mais au fond de nous, un rejet de cette mère.
J’en veux pour preuve que je ne me souviens absolument pas d’elle. Je crois que c’est une
erreur que nous avons commise. Nous lui envoyons un message clair pour elle : vous êtes une mauvaise mère, on vous enlève vos enfants et c’est le juge qui en a décidé ainsi. »

Antoine, page 62
« Mars 2018, dans dix jours c’est son anniversaire, 17 ans. Il pourrait être titulaire d’un CAP
à la fin de l’année scolaire ou même d’un Bac.
Non, Antoine fêtera ses 17 ans dans un Centre Pénitencier pour Mineur ! Il doit bien en être à une dizaine de mises en examen : vols, vols organisés, dégradations, recels, vente de
stupéfiants, coups et blessures, conduite sans permis, sans assurance. C’est son troisième
séjour en centre de détention.
Pourquoi ce parcours ? 4 années de placement par ordonnance judiciaire et Antoine est en
prison.
Nous avons entendu parler de lui en décembre 2013 quand l’association Enfants Accueil
d’Urgence – E.A.U.- nous a contacté. Ils cherchent à faire sortir un garçon de 12 ans 1/2 de
leur foyer d’urgence. Ils n’arrivent plus à le gérer : il fugue, se bat avec les autres enfants et
avec les éducateurs. Le collectif ne semble pas être fait pour lui. Une rencontre est organisée
au foyer pour que nous puissions, Bénédicte et moi, faire sa connaissance et préparer sa venue à la maison avant Noël. »
Paul, Alex et Sofiane, page 146
« Dans la voiture, alors que nous faisons pour la dernière fois la route ensemble vers la Maison des Enfants, Paul me démontre qu’il est incroyablement mature. Voyant ma tristesse, il essaye de me réconforter et il réussit. Il me dit qu’il a bien compris ce que j’avais mis en oeuvre et il me remercie de l’avoir aidé. Il me fait part de ses projets. Il veut réussir son collège, et passer un bac ; plus tard, il veut être avocat pour défendre les enfants !
Je lui explique qu’il faut qu’il nous oublie et qu’il s’installe dans sa nouvelle famille. Je lui
demande de ne pas comparer notre famille avec sa nouvelle famille d’accueil. Je lui dis qu’il
doit vivre pour son présent et son avenir.
Il me répond alors qu’il le fera, à la seule condition que s’il est en danger, je lui donne
l’autorisation de me téléphoner ; et surtout, si je suis prêt à aller le chercher. Ma réponse tient en un mot : « OUI ».

Epilogue, page 147
« Nous sommes contents d’avoir été famille d’accueil pendant ces 7 années. Les enfants ne
l’imaginent peut-être pas mais ils nous ont beaucoup appris et beaucoup apporté. L’expérience a été enrichissante dans tous les aspects de la relation humaine. Même si les difficultés sont présentes à chaque nouvel accueil, le partage de notre vie nous a permis de vivre avec eux des moments de bonheur.
Ces moments de bonheur perdurent encore aujourd’hui ; nous avons la chance d’avoir gardé des contacts réguliers notamment avec les plus grands car plus autonomes. Certains passent régulièrement nous voir ; pour d’autres, c’est par les réseaux sociaux que nous gardons du lien et pour les plus jeunes, par la petite carte d’anniversaire. Nous ne désespérons pas de les revoir tous un jour. Chaque enfant est reparti avec son album photo, et à la maison, nous avons un grand pêle-mêle de presque tous les enfants. Ils ont toujours leur place à la maison et nous voyons bien lors de leur visite, qu’ils s’assurent que le pêle-mêle est toujours là et leur frimousse aussi !
Nous sommes aussi contents d’avoir mis fin à l’accueil dans le cadre de la protection de
l’enfance. Cela ne veut pas dire pour autant que notre rôle est terminé, nous continuons de les accueillir et de les accompagner. Notre maison est ouverte, ils viennent se ressourcer, chercher un conseil, un coup de main ou bricoler une moto. »