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Une famille d’accueil touchée par le Covid-19

Témoignage d'un assistant familial

Accueil Articles Une famille d’accueil touchée par le Covid-19

Nous le nommerons Robin, car il a voulu rester anonyme tout comme le lieu et le département sur lesquels il exerce. Son témoignage et ses réflexions personnelles n’en sont  pas moins intéressants.

Robin questionne le travail « sans filet » des assistants familiaux quant le virus s’invite dans votre foyer. Il dénonce l’absence de réaction des services, l’incohérence des mesures quant elles existent mais aussi il pose la question du maintient « à tout prix » des droits de visite et d’hébergement.

ici son témoignage:

« A noter, que bien que l’ensemble des employeurs (notamment les départements) se soient bien mobilisés après le confinement pour ce qui est de la mise à disposition des masques, gels hydro alcooliques…ce n’est désormais plus le cas ou bien en nombre largement insuffisant (que ce soit pour les enfants comme pour les assistants familiaux…) sans même prendre en compte la réalité du quotidien. Quant à la fourniture de masques pour les enfants à partir de 6 ans, ce n’est même pas encore d’actualité !

Encore et toujours, les frais inhérents à cette crise qui continuent de s’accumuler sans contrepartie pour les assistants familiaux. Nous demandons une indemnité d’entretien complémentaire liée aux mesures sanitaires de l’ordre de 2 MG par enfant par jours au minimum.

Le « COVID » semble avoir disparu pour les assistants familiaux mais pas pour le reste des agents qui peuvent disposer de tous les moyens de se protéger ; jusqu’à l’ignorance même des situations décrites par les assistants familiaux pour la non-observation des mesures sanitaires par les Parents dans le cadre des « DVH ».

Le monde d’après nous laisse songeur car bien que nous ayons su démontrer que nous savions faire face à toutes ces contraintes liées à la crise sanitaire, nous avons l’impression que l’on vient d’éteindre les projecteurs qui étaient « braqués » sur nous…nous sommes de nouveau dans le noir… alors même que l’on va manifestement nous mettre encore à contribution. Les mêmes causes reproduisent malheureusement les mêmes effets, l’expérience ne semble pas être d’actualité pour les assistants familiaux toujours « tapie » dans l’ombre des services de l’ASE…

A ma demande de fournitures de masques du 7/09/2020 dont nous attendons toujours la dotation.

A la transmission de mon rapport de situation transmis le 7/10/2020 en précisant que la famille ne respectait pas les mesures sanitaires.

A mon interpellation sur la prise en compte de cette deuxième vague et des inquiétudes auprès de la hiérarchie recevant une fin de non-recevoir : « Je vous remercie bien vivement de saluer la qualité du dispositif ASE mis en œuvre par le département (nom du département) durant le précédent confinement et sachez que nous avons le même niveau d’exigence pour cette nouvelle période qui s’ouvre » …

Ce n’est pas plus la colère liée aux faits de ne pouvoir faire son deuil du père décédé, de l’invitation du COVID à notre domicile que des non-réponses des services aux sollicitations ; ils ont laissé tomber les assistants familiaux…

Pour information, notre famille n’est pas sur (nom de la ville) contrairement à ce que certaines personnes bien informées peuvent prétendre et que la fratrie que j’accueille depuis le mois d’Août a été prise en charge par la MDSF la veille de cet évènement « COVID » (oui, effectivement sans référence depuis presque 3 mois : problème institutionnel d’après les explications fournies…).

Les premiers symptômes sont apparus depuis une petite semaine…maux de tête, fatigues, légers maux de gorge puis plus de goût. Prise de RDV pour faire un test auprès du laboratoire le vendredi matin mais pas de possibilité avant le lundi matin !

Une prise de contact avec le secrétariat du médecin familial et pas de possibilités de « RDV » avant une semaine ; il ne reste plus que l’alternative d’appeler le médecin sur sa ligne personnelle que nous avons la chance de disposer. Un RDV est fixé entre deux patients le mardi matin…il va falloir faire un test d’après le médecin ce qui a déjà été fait !

Pendant ce temps, je me rends (nom de la ville) pour chercher les enfants en internat du fait de la fermeture de l’établissement. Sur le trajet du retour, mon épouse m’informe que le laboratoire vient de la prévenir de sa positivité.

Nous prenons l’initiative (après avoir joint la sécurité sociale pour validation) d’emmener les enfants directement au laboratoire avec la collaboration de notre fille. Cependant, deux enfants ne pourront être testé que le jeudi matin et l’enfant de 7 ans a été refusé pour le moment ; ce que je trouve étrange.

Je vais donc conduire les 3 enfants jeudi matin…

Mon épouse appelle « le service » et demande à parler à la chef de service et le barrage du secrétariat se fait « pressant » …pourquoi vous appelez, que voulez-vous, dois-je vraiment la déranger…ces secondes interminables et de lâcher « dite lui COVID » et d’un seul coup le transfert d’appel s’opère.

Au bout du fil une voix fiévreuse « ne me dites pas que… », Qu’allons-nous faire…nous n’avons pas prévu ce genre d’éventualité…vous allez bien ? Vous allez pouvoir garder les enfants ? Et votre mari il est debout ? …La panique du service vient de s’installer le COVID vient de réapparaitre au sein du département pour les assistants familiaux !…

Nous n’avons d’autres choix que de prendre les choses en main !

Le COVID se repose sans doute pour nos départements car nous sommes un jour férié mais continu de progresser chez nous ; ma femme étant de moins en moins en forme et faisant mine de me le cacher.

A l’angoisse de voir sa femme de moins en moins en forme vient de se rajouter l’angoisse liée à l’attente de voir les enfants que l’on accueille ainsi que nos propres enfants s’inquiéter de leur propre sort. L’attente des résultats permettant de mettre en œuvre des mesures de protections individuelles se fait de plus en plus anxiogène et rend cette situation incompréhensible ; pas de prise en charge, pas de soutien, pas d’informations…un vide sidéral et un silence assourdissant.

Tous les résultats tombent de jeudi matin à vendredi matin, et nous sommes désormais quatre cas positifs, moi, mon épouse, ma fille et l’une des jeunes filles que nous accueillons.

Nous nous sommes mis en lien avec les établissements scolaires pour information et prendre le relais sur les cas contacts de la jeune fille que nous accueillons dont sa maman. Sans oublier de prévenir les MDSF qui assurent le suivi des enfants dont nous avons la charge. A souligner qu’en ce qui me concerne (tout en précisant l’urgence), pas de possibilités de joindre l’éducatrice référente et la responsable étant en réunion, cette dernière doit me rappeler dans les 5 minutes ; dans les faits plusieurs heures après…

Nous avons interpellé le « service » qui ne nous avait pas donné de nouvelles sur le fait que nous ne pouvions pas faire une chose aussi banale que les courses d’approvisionnement, l’approvisionnement de médicaments…nous attendons depuis plus de 24 heures qu’une solution type ADMR soit mis en œuvre !…

Nous sommes en lien avec la sécurité sociale, notre médecin de famille et indirectement l’ARS. Mais toujours pas de retour et encore moins d’initiatives de la part de notre employeur. Nos collègues se mobilisent et sont prêts à nous aider mais nous en faisons dans un premier temps un principe pour que ce soit notre employeur qui se mobilise !

Nous relançons l’employeur le vendredi à 16 heures pour savoir si une solution de livraison de nourriture a pu être mise en place…avec beaucoup d’empathie la responsable nous informe que ce ne sera pas possible car l’ADMR ne peut pas le faire et que le département réfléchi sur des solutions à mettre en œuvre mais rien pour le moment car pendant la première phase, il n’y avait pas plus de besoins que cela et les assistants familiaux n’avaient pratiquement pas été « touchés » par le COVID !

Nous n’avons plus que le moyen de nous retourner vers l’entraide auprès de nos collègues ? Que je salue !…

Le comble, un mail du vendredi soir de l’adjointe de la responsable du service réapparaissant après plusieurs jours d’absences qui vient reprocher de n’avoir pas envoyer un mail à tous les interlocuteurs concernés par ma positivité…je suis obligé de prendre « la plume » et d’expliquer tout le bien que je pense de la malencontreuse démarche initiée.

Aggravation des symptômes de mon épouse depuis 3 jours, le médecin après avoir fait des tests à l’effort suggère que l’on appelle le « 15 » pour de plus amples renseignements.

Après avoir joint le médecin du SAMU, ce dernier décide de prendre en charge aux urgences mon épouse compte tenu de ses symptômes. Pour gagner du temps et éviter de faire prendre des risques à d’autres professionnels, je propose d’emmener mon épouse.

Sur le trajet, comme si cela ne suffisait pas, nous nous retrouvons dans un « bouchon » provoqué par la présence de policiers qui contrôlent les attestations des automobilistes.

Arrivant enfin devant l’un deux après de longues minutes, je lui précise que je devais me rendre aux urgences car mon épouse était attendue du fait de sa détresse respiratoire.

Quelle ne fut ma surprise de me voir rétorquer, « je les connais ces excuses, mettez-vous sur le côté… ». Je commence à perdre patience et insiste auprès de ce policier qui a décidé de faire du zèle et bien que je lui tende une attestation de dérogation générale du fait de notre métier particulier, qu’il ne prend même pas la peine de lire… « ce dernier me précise que vous n’êtes pas en train de travailler puisque vous dites emmener votre femme aux urgences » !…

Aux moments où je suis prêt à sortir, mon épouse sentant ma montée d’adrénaline prends l’initiative de parler avec difficulté à « ce Monsieur » pour qu’il se rende compte de sa mauvaise appréciation de la situation. Se rendant compte de son erreur, au lieu de s’excuser, il me lance vous voyez qu’il n’y a pas lieu de s’énerver et que l’explication de votre épouse est plus claire…

Enfin l’arrivée aux urgences après de longues minutes, pour laquelle il faut souligner l’organisation extrêmement efficace pour la prise en charge et la protection de l’ensemble des personnes présentes. La mobilisation du personnel soignant est relativement rassurante et l’empathie extrême ; bien qu’inquiet pour mon épouse, je suis rassuré car je me rends compte qu’ils vont tout faire pour cette dernière malgré mon obligation de revenir au domicile et de rester dans l’attente de nouvelles.

Après de longs échanges par « SMS », mon épouse obtient l’accord de rentrer mais sous surveillance au domicile.

La sécurité sociale a appelé deux fois au début de la positivité des tests ainsi que durant tout cet épisode avec une périodicité de 2 jours.

En ce qui concerne l’ARS, nous avons été en lien deux fois et nous ont précisé qu’ils n’avaient pas pu se mettre en lien avec nous plus tôt car trop débordés. Ils auraient pu mettre en place un système de portage de repas si nécessaire ou tout autre besoin (ménage ?).

Après près de 3 semaines difficiles où nous avons réussi à protéger les enfants (toujours négatifs) en ayant mis en place des mesures sanitaires très contraignantes et couteuses, force est de constater que nous n’avons même pas eu un message de remerciement. Également, une question importante venant à notre esprit ; comment va être reconnue cette situation d’absence de protection de la part de l’employeur et des conséquences sur la santé et notamment de celle de mon épouse toujours en fatigue extrême et subissant des difficultés respiratoires à l’effort.

Parallèlement dans le même temps, nous venons de recevoir les plannings des enfants scolarisés aux « Lycées » et nous allons nous retrouver de fait confiner avec au moins un enfant toujours présent au domicile pour lequel il faudra être le professeur de substitution…

La vérité sur la situation, c’est que dans la crainte que les assistants familiaux ne tiennent pas le coup pendant le confinement a généré de la part de nombreux département la mise en place de soutiens plus ou moins efficaces, mais du soutien quand même !

Cette première phase ayant permis de conforter le fait que les assistants familiaux savaient faire face à toutes les situations et prioritairement à protéger les enfants confiés ont eu pour conséquence que les départements n’ont pas trouvé judicieux de mettre en place des mesures d’accompagnement et de protection pour cette deuxième « vague » !…

Il y a plus d’un mois, je portais à votre connaissance que les départements ne se préoccupaient plus du sort des assistants familiaux au regard de la crise sanitaire, voir même les considéraient comme des pestiférés.

Il y a plus d’un mois, j’attirais l’attention du département qui m’emploi sur cet état de fait, et non seulement je demandais la fourniture de masques pour les enfants mais aussi pour les assistants familiaux (consommation 92 par semaines).

Il y a plus d’un mois, j’attirais l’attention du département qui m’emploi du non-respect des mesures barrières par la famille de la fratrie que j’accueille.

Il y a deux semaines mon épouse a été testée positive au « Covid » et comme elle a été la première, il lui est proposé un arrêt maladie classique (avec 3 jours de carences) et en ce qui me concerne je peux disposer tout comme ma fille ainée d’un arrêt maladie dit COVID (donc sans carence). Ces arrêts évidemment que nous avons refusés car notre département comme bien d’autres n’ont rien prévu (cellule de repli ?) et donc pour le bien des enfants ainsi que pour éviter la contamination de collègues.

Dans cette crise, mon premier réflexe, et la suite des évènements m’ont donné raison, a été de faire tester l’ensemble des enfants accueillis sans attendre l’accord de la maman des enfants qui soit dit en passant n’a pas daigné se faire tester (cas contact) et est même parti travailler alors que sa propre fille avait été testée positif (source vraisemblable de la contamination ; cet enfant nous a confié n’avoir plus la sensation de goût depuis plusieurs jours avant que mon épouse soit testée). Je réfute le fait que le test soit un acte non usuel et le devienne s’il est imposé par la sécurité sociale, il va à l’encontre de l’imposition des mesures sanitaires qui s’imposent à tous ! Alors pourquoi pas au parent d’autant plus que certains d’entre eux trouvent l’opportunité de « contrer » l’aide sociale à l’enfance face au rejet du placement de leurs enfants.

Sur mon interpellation de l’éducatrice référente des enfants que j’accueille, cette dernière me demande de maintenir la visite du samedi, ce que bien évidemment je refuse en m’appuyant notamment sur le protocole sanitaire qui précise en outre que tous les cas contacts à notre domicile doivent s’isoler mais que surtout (bien qu’évident) comme nous étions mon épouse et moi-même positif au COVID, nous ne pouvions pas nous déplacer !

Bien que dans mon message je lui joignais le protocole que manifestement elle ne connaissait pas, sa responsable a voulu appeler un médecin pour confirmer mes propos ainsi que la valeur du protocole fourni par mes soins !… La parole des assistant familiaux ne pèsent pas grand-chose au regard de bon nombre d’acteurs du domaine social semble-t-il !

De la même façon, elle s’est inquiétée de l’interpellation de la maman de la fratrie que j’accueille du fait de l’incohérence que l’une de ses filles retourne à l’école alors que ses deux autres enfants devaient rester au domicile !

Une fois de plus j’ai dû rappeler à cette éducatrice qu’il n’y avait aucune incohérence mais que cela correspondait au protocole sanitaire ; et en plus ce dernier n’avait manifestement pas été appréhendé totalement bien que la situation le nécessitât !

Epilogue : Bien que mon épouse ce soit mise en lien avec l’éducatrice de l’un des enfants qu’elle accueille en vue de réaménager le planning des visites et de permettre à son parent de revoir son enfant dans les jours qui ont suivi la fin de l’isolement ; cette dernière s’est fait agresser verbalement car elle avait « séquestré » son enfant et qu’elle se « foutait » du fait que mon épouse soit contaminée par le COVID !…

Les assistants familiaux considérés à risque sont toujours inquiets sur la prise en compte de leurs pathologies ou bien celles de leurs familles. N’est-il pas possible de demander aux employeurs de mettre des référents « COVIDS » chargés de trouver des solutions d’aménagements, de relais, de mesures spécifiques sanitaires en lien avec les différents intervenants…consultations à domicile et/ou à distance, aménagement des lieux d’exercices, visite médiatisée avec prise en charge à  domicile pour permettre le confinement de l’assistant familial, d’interpeller les familles et/ou le Juge lorsqu’il y a des impossibilités de faire respecter les gestes barrières, de pouvoir assurer un lien avec des psychologues et/ou soignants…

Favoriser la mise en place de groupe de parole en visioconférence pour permettre l’échange entre professionnels et combattre l’isolement.

Enfin en dernier lieu de permettre en l’absence de possibilités de mettre en place des mesures de protection efficaces, de permettre aux assistants familiaux de faire valoir leur droit de retrait sans que cela puisse remettre en cause leur maintien en tant qu’agent et/ou salarié.

Les parents qui ne respectent pas les mesures sanitaires « punissent » en autre chose leurs propres enfants ainsi que les autres enfants qui sont accueillis par les assistants familiaux.

Pourquoi maintenir coûte que coûte les « DVH » dans un contexte de rejet des parents et de mise en danger de la vie d’autrui ?

Pourquoi le protocole sanitaire précise que c’est un acte non usuel de faire tester les enfants cas contacts et usuel si c’est une demande de la sécurité sociale ?

En outre, il faut informer les professionnels de la protection de l’enfance que le COVID19 n’est pas transmissible par téléphone.

Le département concerné semble avoir pris la mesure des difficultés rencontrées et s’est proposé de mettre en place les préconisations avancées, mais le délai nécessaire pour la mise en place des mesures correctrices va sans doute se heurter à la réalité de la présence toujours plus accrue du Virus ! …à suivre. »

Robin