Chargement en cours
Un bloqueur de publicité a été détecté sur votre navigateur pouvant entraîner des erreurs d'affichage sur notre site.
Aucun contenu publicitaire n'étant ici diffusé, nous vous invitons à désactiver cette restriction pour ce site en cas de problème. ×

Quand protection rime avec impossibilité d’action

par le Collectif Enfance 31 - Publié le 28 octobre 2019

Accueil Articles Quand protection rime avec impossibilité d’action

Voici deux messages que nous avons reçu de nos voisins et collègues, une assistante familiale et un référent ASE de la Haute-Garonne en lutte pour retrouver du sens à leur travail.

Retenons que les situations décrites sont celles rencontrées dans de nombreux départements. Nous voulions partager ces témoignages que nous avons délibérément choisi de poster ensemble dans un seul et même article,  parce que nous sommes tous embarqués sur le même navire qui prend l’eau.

 

Bonjour,
Je suis une Ass fam du CD31 et je suis affilié à la CGT et je suis suppléante à la commission paritaire C.
Avec d’autres collègues, nous avons participé mardi 14 octobre au droit de retrait des agents du CD31. Nous ne pouvions pas y participer totalement en raison de la continuité des accueils. Toutefois, nous avons essayé de porter les paroles des collègues notamment sur les revendications au sujet de notre statut et surtout le mal être de la profession. En réponse, Mr V.nous a doté d’une carte pour la vêture des enfants. Elle ne nous sera plus viré sur le compte mais directement crédité sur une carte de pré paiement.
Bref de quoi nous débouter sur nos réelles demandes :

La maltraitante et l’ignorance institutionnelle n’est pas une légende. C’est ce que nous,  les Assistants Familiaux nous avons vu depuis quelques temps une dégradation de nos conditions de travail :

-précarité de la profession (salaire calcule sur un taux de 50% du smic x 10,03€=501,5€ pour un enfant en accueil, 70% du smic x 10,03€= 702,1€ pour 2 enfants en accueil. Nous nous posons la question suivante : qu’allons nous avoir lors de notre retraite ?, notre profession n’a pas de grille d’échelon, nous travaillons à 100% mais sans horaires, sept jours sur sept.les jours fériés et les dimanches sont rémunérés sur la base des jours ouvrables)
-Nous finançons nous-même nos propres outils de travail (timbres, papiers, stylos, imprimantes, cartouches d’encre, ordinateur, matériel de puériculture, véhicules et entretien …)
-Les remboursements des frais de routes sont de plus en plus diminués, le temps des remboursements de l’administration est de plus en plus long entre 2,3 ou 4 mois de frais sont hors de nos portefeuilles personnels.
-Éradication de notre service placement familial. De qui allons nous dépendre, quel soutien professionnel aurons nous,  comment seront pris les décisions de placement des enfants, adolescents et jeunes majeurs ?
-Pas de possibilité d’évolution de carrières, pas d’accès aux offres d’emplois en interne, pas de possibilité de mutation…
-Maltraitances dans les relations professionnelles, dénigrement de la profession et parfois humiliations par le refus de certaines MDS de nous considérer comme des professionnelles ( Vous n’avez que cela à faire, c’est votre boulot de supporter l’enfant), pas de réponse à nos écris professionnel, des décisions unilatérales sur les situations, pas de concertations et pas de tolérance vis-à-vis des différences de cultures sociales des Assistants Familiaux.

Notre métier est en danger, nous sommes en danger, et notre sécurité est bafouée par notre propre  institution.
Nous Assistant Familiaux nous  rejoignons le combat que mène tous les acteurs du social et nous soutenons toutes les actions et notamment le droit de retrait qu’ils ont  la possibilité de faire.

Autre témoignage:

 Bonjour,

je vous envoie un mail pour partager une description de réalité du travail social tel qu’il se pratique depuis trop longtemps sur notre territoire.
Je travaille à l’ Aide sociale à l’enfance, service du département au sein des maison des solidarités du conseil départemental.
L’aide sociale à l’enfance vient en aide d’une part aux familles en cas de difficultés éducatives familiales pour faire face aux aléas de la vie, conflit familiaux, parents en situation monoparentales, isolement…

et d’autres parts dans les situations de danger: maltraitance intra familiale, besoins des enfants non pris en compte dans leur quotidien: santé éducation et moralité pouvant mettre en danger leur évolution, maladie ne permettant pas l’exercice de la parentalité….

voilà en gros les lignes de mon travail

depuis jeudi 10 octobre , il y a une très forte mobilisation des travailleurs sociaux, mobilisation suite à un droit de retrait de deux équipes Frouzins et Cazères,

suite à cette assemblé générale il a été décidé un droit de retrait par la plupart des équipes enfance, des services de polyvalence ( assistantes sociales) et services de Protection maternelle infantile, la plupart de ces professionnels œuvrent dans le sens de la prévention de difficultés, dans l’aide concrète aux familles. Lors de l’assemblée générale il y avait autour de 900 travailleurs sociaux. C’était inédit.

depuis Vendredi 11 octobre environs 20 /23 maisons des solidarités exercent leur droit de retrait, droit de retrait c’est arrêter le travail du fait d’une situation de danger imminente et grâce qui ne permettent pas d’être en sécurité, alors oui ce n’est pas un plafond qui va nous tomber sur la tête, mais c’est l’ensemble des difficultés qui nous impactent dans le quotidien et dans notre chair ( risques psycho sociaux)

suite à ce rassemblement, nous avons été reçus qui nous a dit je vous a compris…qui allait nous proposer des réponses dès le mardi qui suivrait…

Lundi 14 octobre une délégation de travailleurs sociaux a été reçu avec tous les services confondus et le droit de retrait a été maintenu…
suite à cela, un CHSCT exceptionnel s’est tenu dans le pavillon de la république en présence de tous les agents, CHSCT qui s’est poursuivi durant plus de 6h de temps qui s’est conclu le mardi à 13H. là les représentants des travailleurs sociaux ont dit leurs souffrances au travail
je vais vous proposer cette liste qui décrit notre situation pour une équipe ASE, où nous sommes sensés protégés les enfants quand la famille ne tient pas….

– Troubles du sommeil, fatigue, anxiété, angoisses, stress permanent

– Troubles somatiques ( maux de têtes, de ventre, boule dans la gorge…

– Charge mentale entraînant perte de mémoire, trouble de la concentration

– Insécurité grandissante devant notre incapacité à mettre en place les mesures de protection dans le cadre judiciaire et administratif

– Impact sur les capacités essentielles du travailleur social : écoute, concentration, prise de distance, réalisation des écrits

– Sentiment de solitude et de responsabilité accentué par le départ d’une responsable adjointe qui était notre soutien technique

– Tensions inhérentes aux conditions de travail entre les professionnels, avec les partenaires avec pour conséquence la difficulté à travailler à plusieurs

– Fatigue et sentiment dépressif par rapport aux sentiments d’échec sur la base de nos missions qui sont assurer un lieu sécure à tous les mineurs confiés à l’ASE par décision du juge des enfants.

– Risque élevé lors des déplacements professionnels, dans nos véhicules personnels avec des jeunes en situation de crise et de détresse parfois sur des trajets pouvant dépasser 2 ou 3 H sur des horaires de travail après 17H

– Culpabilité et angoisse à savoir les jeunes dans des lieux inadaptés, parfois maltraitants: exemple

– adolescente de 14 ans conduite à l’hotel pour un nuit puis un seconde, sachant qu’il y a un risque élevé qu’elle soit entrainée vers de la prostitution

– retour d’un jeune de 15 ans chez ses parents suite à une fugue, sachant que les parents ont été condamnés pour des faits de maltraitance

– Sidération face à des réponses inadaptées voire paradoxales par des décisionnaires

– Manque de reconnaissance de nos conditions de travail sur le terrain avec comme corollaire sentiment d’abandon

– Mise en danger des professionnels quand les temps de trajets sont utilisés pour les autres urgences via le téléphone portable professionnel

>- Situation de dissociation cognitive entre la lecture des situations, le projet éducatif proposé qu’on sait insuffisant et la nécessité d’apporter un accompagnement rassurant et contenant auprès des jeunes

– Culpabilisation par les partenaires qui nous renvoie que nous participons à la désorganisation des jeunes

– Redondance de toutes ces situations qui nécessitent que le professionnel fasse appel à ses ressources personnelles, qui en plus des heures supplémentaires, impactent directement nos vies privées

– Chercher des solutions de placement qui n’existent pas, recherches qui sont impératives et grandement chronophages pour oser espérer que le jeune soit imposé sur un lieu de placement, décision qui se prend en général entre 16H30 et 17H30. sentiment d’absurdité dans ces démarches.

– Désorganisation régulière due à des modifications du cadre administratif et des procédures ( changement de document à remplir par exemple, fiche spécifique…) ces changements nécessitent adaptation permanente et perte de repères.

– Des réunions dites de co-construction qui ont pour objectifs de trouver une solution de lieu de placement, réunions avec 10/15/ voire 20 directeurs ou chefs de service, réunions qui nécessitent un travail préparatoire en amont, mais avec une conclusion d’absence de solution ou une solution dérogatoire temporaire, sur lequel il faudra faire un écrit pour justifier cette demande… mais qui applique cette réponse sur le terrain, c’est nous, seul

– Temps de travail qui augmente, sur les temps de repas, après 17H et travail chez soi

– Envahissement de la sphère personnelle par la sphère professionnel

– Désengagement dans le secteur de la pédopsychiatrie et du médico social, liste d’attente de plusieurs mois, morcellement des prises en charge, prise en charge de qq heures par semaine au mieux, incompréhension entre les services par la recherche d’un possible responsable(coupables) qui est donc le service qui fait mal son travail?

– Impuissance/Échec/ Absence de sens/ Serait cela le travail social aujourd’hui?

ça c’est pour l’ASE.

Mais le service social de PMI et de polyvalence sont dans le même état.
les assistantes renvoient à la rue des familles avec enfants sans avoir de perspectives de logement, la PMI ne peut assurer ses missions de prévention.

et cela viendra augmenter le nombre des personnes en difficultés..
Mercredi 16 octobre, Nous avons été reçus par un élu et par un directeur général. il nous a été dit:  » je vous ai entendu »
un plan d’action général avec quelques postes, quelques avancées en matière de recrutement, une simplification de qq procédures, des idées en matière de  » travail avec l’ARS » pour aborder les situations complexes, des appels à projet pour des dispositifs innovants pour des lieux de placement, mais dans les faits nous n’avons aucune garantie sur la suite.

Un plan qui dit nous avoir entendu mais nous savons que le département a ses limites et ne modifiera pas la politique appliquée dans les autres services tels que les services de soin, les CAF et ou services d’Etat.

aujourd’hui, Jeudi 17 octobre nous sommes encore en droit de retrait: nous allons avoir les conclusions du CHSCT rapidement, très certainement, nous allons reprendre le travail.
Sachez que cet arrêt de travail nous coûte car ils nous obligent à nous retirer alors que nous savons qu’il y a des situations urgentes où il faudrait être présent,
mais, nous avons dans ces rassemblements partagés la honte et la culpabilité de ne pas pouvoir réaliser nos missions, en sachant qu’un enfant non pris en charge va développer des troubles au long cours, qu’une famille non aidée n’aura plus confiance en nos institutions, en la capacité à faire évoluer les situations, que le lien social s’en trouvera amoché…..et là je vous laisse envisager la suite de chacun votre place vous connaissez ces situations.
depuis la semaine dernière, en collectif par missions, nous discutons de ce que nous pourrions améliorer, de nos attentes aussi, de nos besoins pour pouvoir travailler. c’est un esprit de travail qui nous a rassemblé en grand nombre, ce qui est inédit dans notre département.
dans les autres départements, la situation est quasi similaire hélas.

C’était pour porter à votre connaissance les réalités de cette forme de travail social qui n’en porte guère plus que le nom.
Dans les réponses apportées, on nous a dit : il y aura un Avant et un Après.

Espérons que l’Après porte la trace de cette prise de parole collective sur nos difficultés à assurer nos missions de travail et de notre envie de travailler dans ces domaines, envie qui est réelle.

Si vous pouvez diffuser cette information car je crois qu’il est intéressant de la partager par le plus grand nombre.

Je veux bien répondre à vos questions, cela me permettra d’avancer dans la réflexion.

Amicalement

 Marie-Claude