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Haute-Garonne : juges et professionnels unis pour la protection de l’enfance

tsa-quotidien.fr. L'actualité sociale et médico-sociale par Laetitia Delhon

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Travailleurs sociaux, avocats et magistrats se sont réunis à Toulouse le 16 novembre lors d’un forum organisé par le Collectif Enfance 31, mobilisé depuis trois ans contre le manque de moyens en protection de l’enfance. L’occasion de faire remonter une parole de terrain que le collectif estime trop peu entendue par les décideurs politiques et institutionnels. Hasard du calendrier, cette journée forum préparée depuis plusieurs mois s’est déroulée en plein coup de projecteur sur les difficultés de la protection de l’enfance,
après « l’appel au secours » des juges des enfants du tribunal de Bobigny (Seine-Sain-Denis) et en écho à la mobilisation des travailleurs sociaux dans le département du Nord. Rien de bien surprenant pour le Collectif Enfance 31 qui s’était justement constitué en mars 2015 pour dénoncer « l’état catastrophique de la prévention et de la protection de l’enfance en Haute-Garonne ». Travailleurs sociaux, avocats et magistrats avaient décidé de s’unir pour lancer des états généraux sur le sujet, en y associant les institutions – conseil départemental, agence régionale de santé (ARS), protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) (1). Mais leur appel était resté sans suite. Engorgement sur toute la chaîne Avec ce forum, le collectif a donc voulu donner un second souffle à sa mobilisation en « valorisant la valeur témoignage » des acteurs de terrain, ce savoir « trop souvent ignoré dans les prises de décision » selon Amèle Lakhouache, assistante sociale. Et les 70 professionnels présents n’ont pas hésité à se saisir de l’occasion, d’abord sur la question des moyens. « Mon record pour un jeune a été d’effectuer 130 demandes de placement » énonce Jean-Claude Pilet, éducateur spécialisé à l’aide sociale à l’enfance (ASE). Il décrit le temps passé à essuyer les refus : ceux des assistantes familiales faute de fichier actualisé, ceux des lieux de vie déjà complets et conduisant à des placements hors département, ceux des maisons d’enfants à caractère social (Mecs) qui pratiquent « leurs propres tests de sélection ».
Même constat du côté de la PJJ, qui a perdu au fil des années des places d’hébergement dans des foyers et des petits milieux de vie au profit des centres éducatifs fermés (CEF) et des établissements pénitentiaires pour mineurs (EPM). « Quand on cherche une place, au début on est sur le sens pour le jeune. Et puis un jour on fait comme tout le monde, on demande simplement : « vous avez une place ? » regrette Carole Castelbou éducatrice PJJ. Quant à la mise en œuvre des mesures d’aide éducative en milieu ouvert (AEMO), elles accusent un retard de six à huit mois malgré « un rattrapage en cours », témoigne Laure Gabinaud, juge des enfants. Des quartiers prioritaires délaissés Autre sujet abordé : les « zones de faiblesses » que sont les quartiers prioritaires, dans
une ville hantée par le parcours meurtrier de Mohammed Merah, auteur des tueries de mars 2012, et où le trafic de drogue se banalise. « J’accueille des parents démunis entre les religieux très présents et les réseaux de drogue, deux univers qui cohabitent très bien et où les gamins obtiennent une reconnaissance qu’ils n’ont pas ailleurs, relate une assistante sociale d’une maison des solidarités. Ils leur disent « nous, on vous prend tels quels », quand les établissements scolaires dont ils sont souvent exclus leur disent « on t’a à l’oeil » ». Et les clubs de prévention spécialisée, auparavant associatifs et désormais gérés par Toulouse Métropole, semblent bien démunis pour agir. « Nous sommes devenus des agents, nous manquons de temps, de solutions et de dispositifs, et on nous amène de plus en plus vers une logique sécuritaire car les jeunes font peur », regrette Laetitia Vial, éducatrice spécialisée au club de prévention de la Farouette. Epuisement et tension Jeunes majeurs en difficulté, situation critique des mineurs isolés étrangers, clivage entre les « bons enfants de l’ASE et les mauvais de la PJJ », jeunes « à qui on demande plus et plus tôt que les autres », manque d’accès aux soins dans les centres médico psycho-pédagogiques (CMPP), territoires ruraux sous-dotés : comment s’inscrire dans la prévention et la continuité des parcours, socle de la loi du 14 mars 2016, quand toute la chaîne est engorgée ? « Cela crée aussi de la tension et de l’agressivité entre les professionnels, de l’épuisement et du burn-out » ajoute Jean-Claude Pilet. Les chiffres du conseil départemental Dans un courrier adressé au Collectif Enfance 31 avant la tenue du forum, le président du conseil départemental de la Haute-Garonne Georges Méric assure que le budget de la protection de l’enfant a augmenté « d’année en année d’environ 8 % » de 2015 à 2018, avec la création de 409 places en 2018 dans différents dispositifs. Il annonce par ailleurs que le département, « territoire démonstrateur dans le cadre du plan de prévention et de lutte contre la pauvreté des enfants et des jeunes sera encore, en 2019, porteur et pilote d’un grand nombre d’avancées ». Mais le collectif pointe un défaut d’anticipation, évaluant par exemple à 100 le nombre de places en accueil familial qui vont bientôt manquer, en raison des départs à la retraite. Repenser à partir du terrain Le forum a donc mis en exergue la nécessité pour les professionnels de mieux se connaître afin de pousser au décloisonnement entre l’ASE, la PJJ, la prévention spécialisée, les acteurs du soin et de la justice, mais aussi pour mieux répondre aux besoins des familles. « Les échanges ont été très porteurs car nous sommes tous touchés par les mêmes constats » conclut Laetitia Vial. La députée toulousaine Sandrine Mörch (LREM), présente, a déclaré vouloir être une « courroie de transmission » du collectif sur ces questions. A l’approche de la présentation de la stratégie pour la protection de l’enfance par la ministre des solidarités et de la santé,
Agnès Buzyn, elle pourra déjà relayer ce sentiment de « bricoler en permanence », et cette volonté commune de « prendre le temps de repenser la protection de l’enfance avec les acteurs de terrain, pour qu’elle redevienne un outil pertinent et efficace ».

(1) Le Collectif Enfance 31 regroupe des professionnels membres de plusieurs syndicats – FSU, Syndicat de la magistrature, Syndicat des avocats de France (SAF), CFDT santé sociaux, Sud-Solidaires collectivités territoriales, CGT-PJJ, la CGT USD 31 et SNPES PJJ – et des professionnels non syndiqués.
Laetitia Delhon
Source URL: http://www.tsa-quotidien.fr/content/haute-garonne-juges-et-professionnels-unis-pour-la-protection-de-lenfa

Publié le 24 novembre 2018

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