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FAMILLE D’ACCUEIL : UNE VOCATION EN CRISE !

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L’avenir de ces enfants est aussi un point d’inquiétude des assistantes familiales. L’ASE peut les prendre en charge jusqu’à leurs 21 ans, pour cela, ils doivent signer avec le service un contrat jeune majeur à leur majorité. Un dispositif qui permet de poursuivre la prise en charge. Ces contrats sont de moins en moins acceptés et pour des durées plus limitées déplorent plusieurs assistantes familiales de Seine-Saint-Denis. « J’ai un adolescent qui vit chez moi depuis qu’il a 4 ans, il vient d’avoir 18 ans. Ils n’ont accepté de lui signer son contrat jeune majeur que pour six mois. Mais cela nous mène au mois de juin. Il passe le bac en juin et les résultats ne sont qu’en juillet. Tout ça est-il vraiment bien calculé ? »  s’interroge Djalila. A l’image de cet enfant, qui souhaite faire médecine, beaucoup de jeunes veulent continuer leurs études. Pourtant, le manque d’accompagnement à leur majorité les place dans une position de précarité. Selon une étude de l’Insee, publiée en 2016, près d’un quart des sans domicile fixe sont d’anciens enfants de l’ASE, des enfants qui, une fois adultes, se retrouvent pour 35% d’entre eux sans aucun diplôme.

En France, la moitié des 176 000 jeunes placés à l’Aide sociale à l’enfance (ASE) sont pris en charge par des familles d’accueil. Ces assistants familiaux étaient 50 000 en 2012 et sont environ 45 000 aujourd’hui. Une situation de pénurie se profile et les départements peinent à recruter.

Les assistants familiaux accueillent la moitié des enfants placés par l'Aide sociale à l'enfance, mais ils sont de moins en moins nombreux en France.Les assistants familiaux accueillent la moitié des enfants placés par l’Aide sociale à l’enfance, mais ils sont de moins en moins nombreux en France. Crédits : Jean-Pierre Balfin – Maxppp

Elles accueillent au quotidien près de 85 000 enfants et jeunes majeurs en France. Les familles d’accueil, que l’on appelle désormais les assistants familiaux, sont de moins en moins nombreuses. Estimées à 50 000 il y a sept ans, elles seraient aujourd’hui environ 45 000.

Selon l’inspection générale des affaires sociales (IGAS), qui a mené une enquête en 2013, « le constat commun à tous les départements, avec des degrés inégaux de gravité, est bien celui du net vieillissement des assistants familiaux face à des besoins qui ne diminuent pas » , et pour cause, le nombre de placements a augmenté de 4,6% entre 2016 et 2017. Ce métier, largement professionnalisé au cours des quarante dernières années, reste vocationnel mais se complexifie. Les assistantes familiales dénoncent un métier de plus en plus compliqué : précarité, enfants atteints de troubles psychiatriques, manque de moyens, les difficultés sont multiples.

Famille d’accueil : travail social, métier vocation

Les premières traces de famille d’accueil en France remontent au XVIIe siècle avec la création d’un placement nourricier. Initié par Vincent de Paul, l’objectif du dispositif était de lutter contre les abandons d’enfants. Les nourrissons étaient ainsi confiés à des femmes capables de les allaiter. Depuis, le placement nourricier est devenu le placement familial, les familles d’accueil des assistants familiaux. En 1977, elles sont devenues des salariées et ont obtenu grâce aux réformes de 1992, 2005 et 2016 un véritable statut.

La réforme de 2005 a inscrit les assistants familiaux comme étant le quatorzième métier du travail social en France. Afin d’exercer, ils et elles doivent au préalable recevoir un agrément octroyé par le département puis suivre une formation de 60 heures, ainsi qu’une formation de 240 h au cours des trois premières années d’exercice. Les assistants familiaux peuvent ensuite être embauchés soit par les services de l’Aide sociale à l’enfance (ASE) du département, soit par une structure associative. La loi leur permet d’accueillir de manière pérenne au maximum trois enfants mais des dérogations peuvent être accordées pour des enfants supplémentaires. Les enfants confiés à l’ASE peuvent l’être suite à une décision judiciaire ou administrative, leurs parents peuvent être dans l’incapacité de s’en occuper, maltraitants ou bien avoir disparus.

Le métier d’assistant familial est particulièrement prenant car l’enfant vit au domicile quotidiennement, le professionnel dispose donc de 35 jours de congés par an, qu’il peut prendre avec ou sans l’enfant placé. Il apparaît dans plusieurs études qu’être famille d’accueil est aussi une vocation. À l’image de Nathalie, qui exerce en Haute-Garonne depuis 2012 : « C’est quelque chose que je voulais faire depuis très longtemps »  nous raconte-t-elle. Aujourd’hui, elle s’occupe de trois enfants. Tous ont moins de 7 ans et l’un d’entre eux souffre de troubles autistiques. « »La question de l’attachement, on ne l’anticipe pas forcément », ajoute la quarantenaire, déjà maman de grands enfants. L’un des enfants confiés est arrivé à l’âge d’un mois, alors forcément « l’affection est plus plus » . Mais il faut garder la distance nécessaire insiste Nathalie.

C’est un travail à faire au quotidien, se dire qu’il n’est pas à nous, qu’il grandit d’une certaine façon, peut-être un peu avec nos valeurs mais il ne faut pas oublier qu’il a une famille, même si elle n’existe pas à temps complet auprès de lui. Je peux être sa maman de cœur mais je ne serai jamais sa maman biologique.   Nathalie

Au terme d’un parcours de plusieurs mois, jalonné de rendez-vous auprès des services de la Protection maternelle infantile (PMI) avec des psychologues, des assistantes sociales, des référents, Nathalie a obtenu son agrément et ne regrette pas son choix.

« C’est un métier atypique, mais on reçoit tellement de ces enfants qu’on accueille que ça vaut le coup.  »  (Nathalie)

Michèle Babin, présidente de la Fédération nationale des assistants familiaux

            Michèle Babin, présidente de la Fédération nationale des assistants familiaux Crédits : Lola Fourmy – Radio France

 

Rémunération insuffisante, enfants abîmés : autant de freins au recrutement

Le profil des assistants familiaux est varié mais la plupart ont entre 45 et 55 ans. On trouve en grande majorité des femmes, souvent en reconversion professionnelle. Parmi les freins aux candidatures, selon plusieurs d’entre elles : le salaire. La protection de l’enfance étant une compétence décentralisée, elle est sous la responsabilité des départements. Ce sont donc eux qui fixent le salaire et les indemnités allouées aux assistants familiaux, dans le respect des minimas fixés par la loi. Le salaire pour l’accueil d’un enfant est d’environ de 980 euros à 1200 euros net par mois selon les départements puis il est dégressif pour le deuxième et le troisième enfant, avoisinant alors les 2600 /3000 euros nets. A cela s’ajoute des indemnités d’entretien pour les frais fixes, l’habillement, etc.

L’autre difficulté pointée notamment par la Fédération nationale des assistants familiaux (FNAF) est l’absence de présomption d’innocence : « Une épée de Damoclès avec laquelle on vit » explique Michèle Babin, la présidente de l’instance qui rassemble quelques 1 700 adhérents. En effet, si les cas de maltraitance et d’abus sexuels de la part des familles d’accueil existent, ils sont minoritaires. Pourtant, les dénonciations, elles, sont nombreuses et les conséquences sont lourdes.

Dès lors qu’il y a un signalement, nous sommes suspendus pendant quatre mois de nos agréments, et l’enquête pénale ne suit pas ce rythme-là, donc nous sommes licenciés de fait. Michèle Babin

Michèle Babin reconnaît qu’il y a des cas avérés mais « dans la majorité, ça se termine par un classement sans suite » précise la présidente de la FNAF, elle-même famille d’accueil. Dans certains départements, la mobilisation des assistants familiaux a permis la mise en place de systèmes de prévention, et la suspension de l’agrément est soumise à un examen de la commission consultative paritaire départementale. La Fédération a aussi alerté le gouvernement sur l’état de santé des enfants placés par l’ASE. « On accueille de plus en plus d’enfants atteints de troubles psychiatriques, schizophrènes ou suicidaires. Or il y a un manque de structures adaptées pour ces enfants »  relève Michèle Babin.

Ces situations extrêmes usent plus rapidement les familles d’accueil, dont beaucoup décrivent un sentiment de solitude au sein de l’équipe éducative. C’est le cas de Patricia Martin. À 57 ans, cette « tata d’accueil » a cessé son activité il y a deux ans, après une dépression.

Un manque généralisé de moyens pour la protection de l’enfance

D’après les derniers chiffres publiés par le gouvernement, les départements ont dépensé 7,6 milliards d’euros pour l’aide sociale à l’enfance en 2016. Un budget en hausse de 0,7% par rapport à l’année précédente. Il est réparti entre le financement des placements en établissements, des actions éducatives, des aides à la prévention et il est alloué, pour un quart, aux placements en famille d’accueil. Mais depuis plusieurs mois, les professionnels de la protection de l’enfance ne cessent d’alerter sur le manque de moyens.

Dans le département du Nord, les éducateurs, référents ou encore les assistantes sociales de l’ASE se sont mis en grève à l’automne pour dénoncer la suppression de 700 places dans les structures d’accueil pour enfants. Une mobilisation qui a fédéré des acteurs de la protection de l’enfance de toute la France, et à laquelle se sont ajoutées des tribunes de juges pour enfants de la Seine-Saint-Denis. Les magistrats y témoignent d’un manque de moyens tel que les décisions de protection des mineurs ne peuvent pas être appliquées. Quelques semaines plus tard, un autre collectif de professionnels de la protection de l’enfance du 93 alerte à son tour dans la presse :  « Nous dénonçons la non-protection de centaines d’enfants en danger ».

 

Justement, pour faire entendre la voix des assistantes familiales, Mervat Chaban, la présidente de l’ARAF 93 (association pour le rayonnement des assistantes familiales en Seine-Saint-Denis) est allée manifester à Lille. Famille d’accueil depuis vingt-deux ans, elle raconte le manque de moyens quotidiens : « A un moment, on ne pouvait plus recruter de nouvelles assistantes familiales car il n’y avait plus suffisamment de psychologues pour faire passer les tests préalables à l’agrément ». Elles décrivent aussi des éducateurs et des référents sous pression, débordés par un trop grand nombre de situations à gérer.

 

L’avenir de ces enfants est aussi un point d’inquiétude des assistantes familiales. L’ASE peut les prendre en charge jusqu’à leurs 21 ans, pour cela, ils doivent signer avec le service un contrat jeune majeur à leur majorité. Un dispositif qui permet de poursuivre la prise en charge. Ces contrats sont de moins en moins acceptés et pour des durées plus limitées déplorent plusieurs assistantes familiales de Seine-Saint-Denis. « J’ai un adolescent qui vit chez moi depuis qu’il a 4 ans, il vient d’avoir 18 ans. Ils n’ont accepté de lui signer son contrat jeune majeur que pour six mois. Mais cela nous mène au mois de juin. Il passe le bac en juin et les résultats ne sont qu’en juillet. Tout ça est-il vraiment bien calculé ? »  s’interroge Djalila. A l’image de cet enfant, qui souhaite faire médecine, beaucoup de jeunes veulent continuer leurs études. Pourtant, le manque d’accompagnement à leur majorité les place dans une position de précarité. Selon une étude de l’Insee, publiée en 2016, près d’un quart des sans domicile fixe sont d’anciens enfants de l’ASE, des enfants qui, une fois adultes, se retrouvent pour 35% d’entre eux sans aucun diplôme.