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COPIE DU COURRIER TRANSMIS A M. TAQUET secrétaire d’Etat Par le SAMFFA 974 (syndicat prof.) et sa porte parole Marie LEBON

SAMFFAA974 : Syndicat professionnel de l'île de la réunion- Marie Lebon

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Monsieur le Secrétaire  d’Etat à la Protection de l’enfance

 

Nous vous écrivons aujourd’hui en tant que porte parole du syndicat professionnel des assistants familiaux, assistants maternels et familles d’accueil du département de la Réunion mais surtout, en tant que porte paroles de travailleurs sans cesse torturés par une menace sourde et pourtant bien présente. Tout comme nos consœurs de l’hexagone, nous voudrions donc par ce simple courrier attirer votre attention sur cette situation qui n’a que trop duré au sein de nos professions
Le placement familial est le premier mode d’accueil des enfants confiés à l’aide sociale à l’enfance. Plus de 53% des 150 000 enfants confiés sont ainsi placés auprès des 49 000 assistants familiaux disposant d’un agrément en cours de validité. Ce placement offre une stabilité affective à des enfants fragilisés qui ne peuvent être maintenus dans leur famille. Cette stabilité est indispensable pour instaurer ou restaurer un équilibre dans leur vie. En effet, la plupart de ces enfants ont connu des parcours de vie extrêmement difficiles et douloureux, dès le plus jeune âge avec le plus souvent des carences éducatives, et parfois des maltraitances graves subies au sein du cercle familial (violences sexuelles, sévices corporels ou toute autre carence)
Depuis la loi de 2005, les formations initiales conduisant à nos professions ont été renforcées par la mise en place d’un diplôme d’Etat. De plus, nous avons été reconnus travailleur social à part entière, travaillant à la prise en charge d’un enfant dans le cadre d’une équipe pluridisciplinaire. Le Département de la Réunion compte 900 assistants familiaux pour 1500 enfants placés et 400 professionnels ont obtenu le Diplôme d’Etat des Assistants familiaux.
Mais malgré ces avancées, une menace profonde persiste au sein de nos professions : le principe de précaution prévaut sur la présomption d’innocence.
Permettez moi d’exprimer les choses autrement : lorsqu’une suspicion, une rumeur quelconque, ou même une dénonciation sans la moindre preuve, de maltraitance envers un enfant placé est émise, l’administration retire immédiatement l’enfant de sa famille d’accueil. Nous sommes coupables avant même qu’un semblant de preuve n’ait été fourni. Outre les conséquences terribles que cela peut entraîner sur le travailleur social mais aussi sur toute sa famille, vous avouerez qu’il est difficile de bafouer plus profondément la présomption d’innocence. Au XVIIIème siècle, Cesare Beccaria écrivait dans son livre Des délits et des peines :  » Voici une proposition bien simple : ou le délit est certain, ou il est incertain. S’il est certain, il ne doit être puni que de la peine fixée par la loi, et la torture est inutile, puisque nous n’avons  plus besoin des aveux du coupable. Si le délit est incertain, n’est-il pas affreux de tourmenter un innocent ? Car, devant les lois, celui-là est innocent dont le délit n’est pas prouvé. » Et pourtant, nous voici au XIXème siècle, arrachant des enfants à leur famille d’accueil, brisant par la même l’enfant et la famille d’accueil sans la moindre trace de preuve. De plus, si nous avons à cœur la préservation de principes démocratiques, la disparition pure et simple de la présomption d’innocence n’est pas la seule conséquence de ces actes. L’administration retire parfois des enfants issus de placements longs voire très longs sans se soucier des dommages psychologiques ou les répercussions d’état d’abandon que subissent les enfants. Au départ de l’enfant, le salaire du travailleur social disparaît lui aussi, immédiatement et sans le moindre préavis.

Au fil du temps, les accusations se sont multipliées et aujourd’hui, la situation devient intenable. Lorsqu’une telle situation se produit, les assistants familiaux sont tout simplement brisés . Certains d’entre eux ne parviennent pas à surmonter cette terrible épreuve, ce qui les conduit irrémédiablement à d’atroces finalités. .
Mais voici, pour éclairer un peu plus nos propos, quelques cas bien réels dont nous pourrions vous faire parvenir un historique plus détaillé si cela vous tenait à cœur.
Cas numéro 1
Il y a 5 ans, Paul, époux d’une assistante familiale se retrouve accusé d’attouchements sur les enfants placés chez eux. Il passera plusieurs années prisonnier des rouages de la justice alors que les enfants eux, ont été retirés immédiatement. Nous l’avons interrogé lors des faits et il nous confiait que le plus humiliant pour lui, homme de 70 ans, était de se retrouver en garde à vue en sous-vêtements. Il n’a jamais pu se remettre de ces accusations, lui qui avait les valeurs d’une autre époque qui ne lui permettaient même pas d’envisager, ne serait ce qu’un instant, de toucher un enfant. Suite à ces accusations, sa famille a tout perdu. Ne pouvant faire face à la situation et n’acceptant pas d’être à l’origine de tous ces maux, il a mis fin à ses jours. Quelques temps plus tard, la justice l’a finalement innocenté. Trop tard.
Cas numéro 2
Elodie est assistante familiale et s’occupe d’un enfant autiste très profond avec tout l’amour dont elle est capable. Suite à un courrier anonyme et sans fondement, elle est accusée de maltraitance sur mineur. Son placement lui est retiré instantanément. Elle se lance alors dans un long et épuisant combat pour prouver son innocence. Malheureusement, un mal en entrainant un autre et face à la fatigue de ce combat, elle doit faire face à un danger plus grand encore : un cancer. Ce dernier la ronge et finira par l’emporter. Ce n’est que des années après son décès qu’elle est reconnue innocente. Encore une fois : trop tard.
Cas numéro 3
Marie est une assistante familiale qui accueille Capucine, un bébé de 1 mois né sans visage. Armé de tout son amour et sa bienveillance, elle lui offre toute son attention et tous les soins si particuliers à sa condition. Jusqu’à l’âge de 9 ans, elle aime et l’élève sans retenue. A côté de ce placement si délicat, Marie n’hésite pas à accueillir d’autres enfants porteurs de problématiques toutes aussi lourdes. En 2011, elle accueille Sophie provisoirement. Celle-ci n’accepte pas son placement, tout comme ses parents biologiques qui refusent que quelqu’un d’autre s’occupe de leur enfant atteint d’obésité sévère. La prise en charge est compliquée et Marie se fera agressée à plusieurs reprises par les parents. Après quelques mois, la maman porte plainte contre elle et Marie perd tout. Ses placements lui sont retirés immédiatement y compris Capucine, ce bébé qu’elle a vu grandir pendant 9 ans.

L’administration ne prend pas la peine d’expliquer quoique ce soit et Capucine est arrachée de son placement, à l’école sans même pouvoir voir son assistante familiale. D’après vous, que va comprendre cette petite fille qui se retrouve brutalement sans sa « maman de cœur » ?
Nous pourrions continuer ainsi des heures durant car la liste est encore bien longue. Je citais plus haut Beccaria qui disait que torturer un innocent était affreux. Malheureusement, dans notre cas, il n’y a pas qu’un innocent. La présomption d’innocence est devenue bien étrangère à nos professions. Et ce, en France, pays démocratique et défenseur des droits de l’homme. Je pense que si vous m’avez lu jusque là, vous comprenez désormais la situation délétère dans laquelle nous nous trouvons. Pourtant, nous ne souhaitons qu’une chose : faire notre travail du mieux que nous pouvons. L’accueil en placement familial est souvent choisi par des familles qui veulent offrir un toit et beaucoup d’amour à des enfants carencés affectivement. Nos affects et notre attachement sont souvent l’accomplissement d’une réussite, mais trop souvent, ils se transforment en négligence lorsque les suspicions se réveillent. Il est difficile d’imaginer l’impact psychologique souvent désastreux, que cet accueil peut engendrer sur nos familles.
C’est donc pour cela qu’aujourd’hui, devant ce triste constat, nous voudrions réfléchir au niveau ministériel, et avec l’ensemble de nos politiques, sur les mesures à prendre dans le but de requalifier ce corps de professionnels pilier essentiel de l’aide sociale à l’enfance. Pour cela, nous souhaiterions vous faire part de quelques points que nous pensons essentiels à retravailler, tous ensemble.

1. Tout d’abord, cela a été, à notre avis, suffisamment évoqué mais un retour à la présomption d’innocence au sein de notre métier, semble être un prérequis incontournable. Nous ne pouvons pas continuer d’exercer nos professions avec cette peur au ventre. Il est inconcevable, qu’en France, en 2019, un professionnel puisse tout perdre du jour au lendemain, sans la moindre preuve de culpabilité. Nous comprenons aisément la nécessité du principe de précaution mais nous refusons de voir notre droit à la présomption d’innocence bafoué plus longtemps.

2. Notre métier ne nous garantit pas un salaire fixe. En effet, celui-ci dépend des accueils effectués. Si la loi de 2005 a permis une dissociation entre une rémunération minimale fixée à 50 fois le smic horaire et une part dépendant du nombre d’enfants placés (à la hauteur de 70h de smic par enfant), il n’en reste pas moins qu’il subsiste de nombreux flous juridiques selon les situations évoqués. De plus, nous demandons un maintien de tout ou d’une partie de notre salaire en cas de congés maladies. Actuellement, et en comptant une carence de 8 jours, la sécurité sociale nous verse une indemnité médiocre, ce qui pousse la plupart d’entre nous à n’avoir recours à ce droit qu’en situation déjà extrême. Enfin, nous touchons aujourd’hui, une indemnité de 15 euros pour le quotidien des enfants placés. Cela correspond à toutes les dépenses que nous pourrions engager pour l’enfant (eau, électricité, nourriture, couches pour bébé, lait en poudre, médicament…) et nous est versé par jour de présence de l’enfant au domicile. Cependant, il faut rappeler que le prix de la vie est à la Réunion, 35% plus cher que dans l’hexagone. Nous souhaiterions donc une réévaluation à la hausse de cette indemnité.

3. Nous sommes volontairement privés de certaines informations cruciales lors du placement d’un enfant à l’histoire complexe (viol, inceste, maltraitance, trouble du comportement…) Or, comment pouvons nous exercer un accueil adéquat et bienveillant envers des enfants dont ne nous connaissons rien ? Même si nous tentons de ne marquer aucune différence entre les enfants placés, concevez qu’il serait possible d’adapter certains de nos comportements afin d’éviter toutes maladresses ou tout malaise vis à vis de ces enfants au passif douloureux. Pour le bien des enfants, nous demandons à être avertis des spécificités de chaque cas lors des placements.

4. Cet avant dernier point est peut-être difficile à traiter mais un paradoxe survient régulièrement lors de la remise des agréments. En effet, nombre de nos collègues font les démarches nécessaires à l’obtention de cet agrément (remise à niveau du logement en termes de sécurité par exemple) mais lorsque l’agrément leur est accordé, ils se retrouvent sans placement. Il s’agit là d’une perte de temps et d’énergie.

5. Enfin, nous demandons une protection de notre vie privée accrue. Cela semble le point le plus délicat car nous accueillons ces enfants directement dans notre sphère privée et ce, sans la moindre hésitation. Pourtant, lorsque des accusations sont portés, notre vie personnelle est mise à nue et bien souvent, piétinée. Cela doit changer.
Voilà pour les points que nous souhaiterions travailler en collaboration avec vous. Nous avons conscience que tous les changements ne peuvent pas se faire instantanément mais nous nous battrons pour être reconnus à notre juste valeur, en tant que professionnels de l’enfance travaillant de concert avec le reste de l’aide sociale à l’enfance. Actuellement, nous sommes les invisibles, les agents non titulaires de la fonction public, les intermittents du social. Pourtant nous mettons à la disposition de l’Etat, afin effectuer notre mission d’accompagnement, ce que nous avons de plus cher au monde : notre famille, notre domicile, notre temps 24h sur 24h dimanches, jours fériés et vacances scolaires pour accompagner quotidiennement la souffrance de ces enfants qui n’ont rien demandé à personne. Nous ne comptons jamais nos heures ni même les moyens que nous mettons à leur disposition pour leur faire oublier ne serait-ce qu’un instant leur passé bien trop douloureux. Nous travaillons avec nos affects, nos émotions, notre sensibilité, et nous n’avons pas de moments où nous pouvons prendre du recul comme tout autre salarié. Nos conditions de travail se dégradent d’années en années, faute de moyens, de temps et d’écoute et nous sommes désormais à bout de souffle.
Nous espérons sincèrement avoir pu retenir votre attention au fil de ce courrier. Nous espérons également avoir pu vous sensibiliser au mal-être qui ronge nos professions.Tout comme nos consœurs du Syndicat SAF solidaires, nous espérons être reçus afin d’échanger sur nos métiers et construire ensemble des instances au niveau ministériel afin de faire évoluer ces situations qui ne peuvent plus durer. Nous croyons profondément en la force de notre République et nous sommes certains que vous serez en capacité de nous aider à rectifier les manquements qui sévissent dans notre corps de métier.
Nous vous remercions par avance de l’intérêt que vous porterez à notre courrier et nous vous prions de croire Monsieur le Secrétaire D’Etat à la protection de l’enfance , à l’expression de notre profond respect.

 

Marie LEBON Secrétaire Générale du SAMFFA 974

 

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