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APPRENDRE A FAIRE EQUIPE : Entretien avec BERTRAND RAVON (PROF. de sociologie à l’Université Lumière lyon 2

LIEN SOCIAL DU 29/05/2018 extrait du dossier: Assistant familial , un métier en voie de disparition

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APPRENDRE A » FAIRE EQUIPE »  pour Bertrand Ravon, « faire équipe » consiste avant tout à (re)faire parler ensemble les acteurs aux métiers différents.

 

Extrait….

les services de placement familial rencontrent des difficultés pour coordonner des métiers, des statuts, des niveaux de qualification différents. Pour quelles raisons ?

Les inégalités entre les statuts sociaux et professionnels mais aussi les différences d’expérience de vie expliquent les problèmes de coordination. Il existe d’emblée une tension entre le métier d’éducateur spécialisé (niveau III) qui exige un certain rapport à la culture écrite et celui d’assistant familial (niveau V), davantage lié à la culture orale( expérience de vie de famille, savoir faire plutôt domestique). Il y a aussi une forte tension entre les statuts de ces professionnels: les éducateurs qui travaillent la nuit par exemple, sont gratifiés, alors que le contrat de l’assistant familial prévoit un accueil 24H/24.

Il travaille à partir de son expérience familiale alors que l’éducateur se réfère davantage aux principes éducatifs en vigueur dans le service.Or comme dans un couple, un manque d’attentes et de vues communes peut entraîner un défaut de synergie éducative.

Comment faire équipe ?

Cela suppose -et c’est compliqué-que chaque professionnel prenne en compte le métier de l’autre, ses spécificités et que chacun s’écoute. Deux intervenants de statuts différents peuvent alors constater que leur activité est complémentaire et non concurencielle.

J’interviens dans un centre éducatif renforcé (CER) du Rhône qui emploie des assistants familiaux vivant sur place avec leur famille et accueillant les jeunes dans une chambre attenante à leur logement.
Nous avons pensé cet accueil avec l’ensemble des professionnels et réfléchis à la façon de « faire équipe ».

Soit par exemple un conflit autour de la consommation de cannabis des jeunes; certains professionnels, dans une logique de réduction des risques peuvent l’autoriser implicitement pour la réguler; d’autres l’interdire formellement, conformément à la loi mais au prix d’une augmentation des fugues.
L’important n’est pas de trancher entre ces deux options mais de permettre aux professionnels concernés de débattre de leurs pratiques et de leurs incidences. « Faire équipe » suppose d’arriver à écouter l’autre, sa manière de penser, son métier.Une équipe qui va bien s’engueule poliment, fait valoir le désaccord persistant en son sein sans se déchirer , sans cesser de se parler.

 

Cependant les assistants familiaux ne sont pas toujours invités aux réunions. Comment alors « faire équipe ? »

La capacité à amener l’ensemble des acteurs à travailler en équipe dépend du coordinateur du service de placement familial et du mandat que lui confie sa hiérarchie. certains services fonctionnent très bien et accordent une vraie place à l’assistant familial.
Dans le CER du Rhône par exemple,il suit des formations spécifiques, peut exprimer son désaccord avec l’éducateur référent, a plus de réflexivité sur les pratiques.Dans cet établissement,les exigences sont donc élevées: l’assistant familial doit participer au travail de l’équipe, être présent-m^me parfois en dehors de son temps de travail-surtout quand on parle d’un enfant qu’il accueille.

Un travail collectif ne peut se mener qu’à partir d’une réflexion sur une situation donnée et non sur des principes généraux, ce qui suppose parfois un engagement parfois difficile à tenir et à financer.

Pour » faire équipe », les éducateurs doivent aussi prendre conscience que le fondement du travail de l’assistant familial est de « prendre soin ».Le travail éducatif qu’il mène repose sur la moindre des choses de la vie quotidienne( prendre soin du linge, de la nourriture etc…) cela n’a pas de prix.
L’éducateur s’attache davantage à la dynamique éducative, à l’aspect clinique d’une situation, ce qui peut donner lieu à des controverses.

Une autre difficulté consiste à reconnaître le travail éducatif comme un travail relationnel avant tout. Aider un enfant à être en confiance suppose une forme d’amour.

La question de la » bonne distance », souvent sacro- sainte chez les éducateurs, peut alors s’opposer à une conception plus émotionnelle du travail d’assistant familial. Enfin certains considèrent le temps passé en réunion comme du temps perdu, or il faut absolument savoir perdre du temps pour fabriquer du collectif, quitte à passer moins de temps au front de l’action.

Lorsque l’assistant familial rencontre une difficulté, qu’il existe un désaccord, je préconise que les membres de l’équipe de placement familial se rendent chez lui pour se rendre compte de son activité quotidienne. Cela demande un changement de culture managériale, avec une vision horizontale des relations accordant autant de crédit à l’assistant familial qu’à l’éducateur.

 

Vous dites que la grande difficulté de l’assistant familial est la délégation des actes de parentalités sans autorité parentale.

Prenons l’exemple d’une jeune fille nouvellement accueillie, à laquelle on refuse le nombre élevé de produits de beauté qu’elle utilise ordinairement.Cela risque de poser un problème, elle peut se sentir mal à l’aise, sa mère intervenir ( « chez moi Marjorie met toujours du fond de teint… »)

Une forte tension va alors naître entre l’acte de parentalité ( délégué à l’éducateur et à l’assistant familial) et l’autorité parentale.

Qui tranche ? l’éducateur plus diplômé? La mère détentrice de l’autorité parentale ?l’assistant familial chargé du quotidien ? Faire équipe c’est poser et reposer ces questions très banales liées au quotidien.

Une fois qu’on a compris d’où venaient les tensions, il faut faire circuler la parole. Quand cela advient, que l’assistant familial arrive à donner son point de vue et qu’il gagne en légitimité, l’équipe peut parler à plusieurs voix.

 

propos recueilli par K.R-F lien social

www.lien-social.com 76 rue Garance 31670 Labège   Tel: 05 62 73 34 40

 

 

 

Publié le 4 juin 2018