Pour Jean-Pierre Rosenczveig, ancien président du tribunal pour enfants de Bobigny, rien de nouveau. «La question de la protection des mineurs étrangers date du milieu des années 1990. Le problème est nouveau dans son acuité mais pas dans sa réalité». La nouveauté est celle de la bataille entre l’État et les départements. «L’État est dans une position incantatoire que les départements n’acceptent pas», résume Jean-Pierre Rosenczveig. Le contrat jeune majeur, lui, devient alors une variable d’ajustement en attendant que les acteurs s’entendent.

Un système abandonné par certains

Face aux failles du système de protection des majeurs sortants de placement, la présidente de la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale, Brigitte Bourguignon, a déposé une proposition de loi pour rendre obligatoire le contrat jeune majeur. Le texte supprime le lien entre la fin de la prise en charge et la date anniversaire du jeune, « pour lui permettre de terminer le cycle scolaire ou universitaire engagé » et autorise la prolongation de l’accompagnement jusqu’à 25 ans. «Où va-t-elle trouver l’argent pour le financer ?», se demande Stéphane Troussel. La proposition a été adoptée en commission le 11 juillet dernier mais pas intégrée dans le plan de lutte contre la pauvreté dévoilée en septembre dernier en tant que telle. Emmanuel Macron s’est cependant engagé à éviter les sorties sèches et à mobiliser 50 millions d’euros pour aider les départements à remplir cet objectif.

En attendant, certains départements comme le Loiret abandonnent le dispositif et le remplacent par une nouvelle allocation gérée par les services d’insertion sociale. «L’Allocation jeunes insertion Loiret ne dépend pas de l’aide sociale à l’enfance car garder les enfants de l’ASE dans son giron revient à leur rappeler leur passé», souligne Jacky Guérineau, directeur général adjoint du Loiret. L’idée serait alors d’orienter le plus rapidement possible tous les jeunes vers des dispositifs de droits commun accessibles à tous : des bourses d’études, la garantie jeunes… «Tout le monde en fait des tonnes avec le droit commun », déplore Léo, ancien enfant placé. «Mais en réalité quelles aides propose au juste le droit commun pour les 18-25 ans ?» Droit commun ou non, pour lui il est urgent de changer ce système qui «ne laisse pas le choix à ces enfants qui ne l’ont jamais eu».