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ACCUEIL: Protection de l’enfance. Le vivier de familles d’accueil peine à se renouveler

Publié le 10/11/2017 à 10:10 Myriam LEMETAYER, Pascale JUILLIARD pour l'AFP

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Il faut parfois des mois pour appliquer une décision de justice retirant un mineur en danger à ses parents.

Article paru dans le journal OUEST-FRANCE

 

Les structures foyers ou familles chargées d’accueillir des mineurs faisant l’objet de mesures de protection de l’enfance sont de plus en plus saturées. Les départements peinent à recruter de nouvelles familles d’accueil. L’implication, la responsabilité et les contraintes rebutent les potentiels candidats.

Faute de places, il faut parfois des mois pour appliquer une décision de justice retirant un mineur en danger à ses parents, les services de protection de l’enfance peinant à renouveler leur vivier de familles d’accueil.

Éducatrice spécialisée, Marie (le prénom a été changé à sa demande) travaille pour une association mandatée par un département rural. Récemment, un juge des enfants a ordonné le placement d’une fratrie qu’elle suivait. « Tous les voyants étaient au rouge », précise-t-elle, évoquant malnutrition, déscolarisation et suspicion de maltraitances.

Des mois de délai

Il a pourtant fallu trois mois pour que tous les mineurs rejoignent une famille d’accueil. Pendant ce temps, Marie a composé avec la crainte qu’un « drame » se produise, se répétant qu’elle avait fait « tout ce qui était en son pouvoir ». Ces délais sont loin d’étonner des magistrats contactés par l’AFP.

« Sauf situation gravissime, c’est malheureusement le lot commun de la protection de l’enfance aujourd’hui en France », constate l’ancien président du tribunal pour enfants de Bobigny Jean-Pierre Rosenczveig.

Ancienne juge des enfants et secrétaire nationale du Syndicat de la magistrature, Anaïs Vrain se souvient qu’une de ses ordonnances de placement a mis huit mois avant d’être exécutée. Il était pourtant « urgent d’offrir une prise en charge » à l’adolescent concerné, qui s’enfonçait dans la drogue et la délinquance.

« L’exécution des placements est extrêmement ralentie dans de nombreux départements, le dispositif est saturé depuis longtemps », affirme-t-elle. « Cela implique que le danger persiste » pour l’enfant, et « l’institution va le récupérer encore plus cabossé ».

L’Assemblée des départements de France (ADF), collectivités chargées de la protection de l’enfance, assure toutefois qu’« on trouve toujours des solutions, au besoin provisoires, quand il s’agit de placements en urgence ».

Un dispositif saturé

Mais l’ADF décrit une « saturation » des structures d’accueil, foyers ou familles, qu’elle attribue à la hausse des prises en charge par l’Aide sociale à l’enfance (ASE), relevant notamment une « arrivée croissante de jeunes migrants ». Un rapport du Sénat estime que 18 000 mineurs étrangers isolés étaient pris en charge par l’ASE en juin 2017. Ils étaient environ 4 000 en 2010.

Au total, plus de 300 000 mineurs font l’objet d’au moins une mesure de protection de l’enfance, une grosse moitié étant placée en foyer ou famille d’accueil, les autres suivis à domicile. Une mission à laquelle les départements ont consacré 7,3 milliards d’euros en 2016, dont 6 pour les placements, estime l’Observatoire d’action sociale décentralisée (Odas).

Responsabilités et contraintes

Selon Corinne Pette, secrétaire fédérale Fnas-FO, le manque de places se ressent davantage pour les familles d’accueil, mode de placement privilégié par de nombreux départements car moins onéreux. L’intégration dans une cellule familiale est également jugée plus bénéfique pour les enfants.

Fin 2014, 75 000 enfants – soit plus de la moitié des enfants placés – étaient hébergés en famille d’accueil, estime la Drees. La proportion va de 19 % à 89 % selon les départements.

Nombre d’entre eux sont confrontés à des difficultés de recrutement. « Le phénomène n’est pas récent mais il a tendance à s’amplifier » parce que beaucoup d’assistants familiaux partent à la retraite, souligne Didier Lesueur, directeur général de l’Odas. La responsabilité et les contraintes peuvent rebuter, estime-t-il. « Aujourd’hui, notre société peine à imaginer qu’on puisse consacrer 24 heures sur 24 à un emploi ».

Lorsque les candidats demandent leur agrément, « on les informe qu’il leur faudra peut-être accueillir des jeunes avec des troubles du comportement, d’autres qui volent, qui fuguent… Ces problématiques font peur », relève Michelle Babin, présidente de la Fédération nationale des assistants familiaux (Fnaf).

Une forte implication

Il faut surtout être préparé au fait que « toute la famille est impliquée : conjoint, enfants ». De plus, la rémunération étant liée au nombre d’enfants accueillis, « on a des salaires en dents de scie », pointe cette assistante familiale qui exerce depuis « bientôt 23 ans ».

Le salaire mensuel de base est de 1 171 € bruts par mois pour le 1er enfant, 1 854 € pour deux enfants et 2 537 pour trois, certains départements étant plus généreux. S’y ajoutent des majorations en fonction des difficultés, ainsi que des allocations pour pourvoir aux besoins des enfants.

« Il y a aussi les risques du métier : du jour au lendemain, on peut être l’objet d’allégations d’attouchements, de maltraitance », souligne Mme Babin. En cas de signalement, l’assistant est suspendu. « Il arrive assez souvent que les enquêtes soient classées sans suite ou débouchent sur un non lieu », notait l’Igas en 2013.

Les 50 000 assistants familiaux sont très demandeurs d’accompagnement dans ce métier humainement gratifiant mais très exigeant.

Des initiatives dans certains départements

Le Pas-de-Calais, où l’accueil familial représente 70 % des placements, a mis en place un dispositif de soutien entre pairs, ainsi qu’un groupe de parole animé par un psy, qui se réunit tous les mois, explique Maryline Vinclaire, directrice du pôle Solidarités du conseil départemental.

Ce département a « retrouvé un dynamisme dans le recrutement », sans pour autant compenser les départs en retraite, sachant que les besoins continuent d’augmenter. Mme Vinclaire assure toutefois que pour les situations les plus à risque, « il faut trouver une place et en général on trouve ».

Dans l’Aisne, le conseil départemental recourt exceptionnellement à des procédures de recrutements « allégées » en cas d’urgence.

Faute de capacités suffisantes dans la capitale, Paris confie pour sa part des enfants à des familles installées en banlieue ou un peu plus loin en région.

Grâce à une campagne de communication spécifique en 2015, le Loir-et-Cher a de son côté réussi à enrayer la pénurie de familles d’accueil. Mais « dès l’an prochain, il va falloir qu’on relance une campagne pour anticiper au mieux de nouveaux départs en retraite », souligne le président du conseil départemental, Nicolas Perruchot.

Michelle Babin, qui a accueilli au cours de sa carrière 11 mineurs sans compter les « relais » – des accueils ponctuels pendant les congés de ses collègues – encouragerait les candidats, « mais avec beaucoup de mises en garde ».

Publié le 13 janvier 2018

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