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De la naissance à 6 ans : au commencement des droits

synthèse du rapport 2018 par le défenseur des droits

Accueil Articles De la naissance à 6 ans : au commencement des droits

Éditorial

e bébé est une personne.
Cette phrase célèbre du
pédiatre américain Thomas
Berry Brazelton, disparu
cette année, a marqué une
véritable révolution dans les
mentalités au milieu du XXe
siècle : loin d’être seulement
un « tube digestif », le petit
d’homme était désormais
considéré comme doté dès sa naissance d’une
personnalité et d’un tempérament propres,
possédant des compétences précoces pour
communiquer avec son environnement.
En France, Françoise Dolto, psychanalyste,
défendait l’idée que l’enfant dès son plus jeune
âge était un être de langage, qu’il convenait
d’écouter avec sérieux, et aussi que « l’enfant
est à égalité d’être avec un adulte, et ce
faisant, il est un analysant à part entière ».
C’était alors la fin des années 70.
Mais ce n’est que près de 20 ans plus tard, en
1989, que l’Assemblée générale des Nations
Unies adoptait la convention des droits de
l’enfant (CIDE), qui venait consacrer l’enfant
comme une personne à part entière, un sujet
de droits propres, droits dont la réalisation
devait être soutenue et accompagnée par les
adultes, à commencer par ses parents.
L’ensemble de ces droits a pour finalité
de favoriser le meilleur développement de
l’enfant, ainsi que son bien-être, c’est-à-dire
la satisfaction de ses besoins fondamentaux,
physiques, mentaux sociaux, etc, de même que
ses besoins de sécurité et d’affection.
Ils s’appliquent dès la naissance, l’enfant étant
défini dans la convention comme tout être
humain âgé de 0 à 18 ans.
Nous avons voulu cette année nous intéresser
aux tous jeunes enfants, aux petites filles
et aux petits garçons, de leur venue au
monde à leurs six ans, afin d’explorer si et
comment leurs droits étaient appréhendés et
effectivement mis en œuvre, au plan individuel
comme au plan collectif.
Il nous apparaît en effet fondamental que
soient pleinement reconnus les droits des
enfants, en particulier des plus petits d’entre
eux, car ils sont un levier extraordinaire non
seulement pour la construction personnelle et
sociale de chacun d’entre eux, mais aussi plus
généralement pour la promotion de l’égalité
entre tous les individus.
Nous nous sommes donc interrogés sur la
place qui est réellement faite aux bébés et
aux très jeunes enfants au sein de la société,
des politiques publiques et des institutions,
et comment ils sont ou non encouragés et
soutenus pour être des membres actifs,
dans leur famille, à l’école, …, avec certes
des vulnérabilités spécifiques, mais aussi
avec des compétences et des capacités de
compréhension de leur environnement, de
communication, de conscientisation de leur
identité propre : avec le désir d’apprendre et de
vivre avec les autres.
Notre rapport montre combien il est
déterminant que l’État et les autres acteurs
institutionnels et professionnels se mobilisent
pour la petite enfance, qui est le temps des
fondations du développement du petit humain,
le temps de tous les possibles, le temps aussi
de « l’apprentissage du monde » : dans une
approche universelle, qui s’adresse à tous et à
toutes, non prédictive, c’est l’approche par les
droits et par le droit que nous défendons.
Synthèse Rapport Enfant | De la naissance à 6 ans : au commencement des droits | 2018
.
3
Mais il montre aussi que les progrès restant
à accomplir en ce sens sont considérables,
et que l’on ne pourra pas faire l’économie
d’une réflexion globale, c’est-à-dire non
sectorielle et cloisonnée, sur les jeunes
enfants et leurs parents, fondée sur leurs
besoins et caractéristiques de développement
spécifiques, ainsi que sur leurs droits et leur
intérêt supérieur.
Car de nombreuses situations paradoxales
doivent être abordées et surmontées.
Alors que la connaissance du cerveau par
les neurosciences et l’épigénétique ont
fortement avancé, et apportent des clés de
compréhension et d’action prometteuses,
le projet d’abolition par la loi des châtiments
corporels sur enfants, et de promotion
d’une éducation bienveillante et positive,
encourageante et non humiliante, n’a toujours
pas abouti.
En outre, il peut être observé que l’ensemble
de ces savoirs imprègnent encore très
faiblement les pratiques, même chez les
professionnels dont le métier est de travailler
auprès de tous petits. Les formations initiales
et continues leur font peu de place, de même
qu’aux connaissances sur les stades de
développement de l’enfant.
Ainsi, alors que dès leur naissance, le bébé
et le tout jeune enfant sont « investis »
affectivement par leurs parents pour lesquels
ils représentent souvent un signe de réussite
personnelle, les pressions sociales qui leur
sont faites, le « sur-investissement » en
termes d’apprentissage et de stimulation
cognitive, sont en contradiction avec le respect
des rythmes individuels de développement.
Avec un effet de stigmatisation voire de
« pathologisation » de certains enfants.
Plus encore, alors qu’aujourd’hui l’obsession
semble être de mettre en garde contre le
risque de « l’enfant-roi », on constate au
contraire que l’organisation de l’espace
public, le fonctionnement des institutions,
y compris les modes de garde ou l’école, et
les politiques publiques dans leur ensemble,
restent centrées sur les besoins des adultes,
sans attention particulière aux plus petits,
négligeant de faire de leur intérêt supérieur la
« préoccupation primordiale » que prévoit la
CIDE.
Notre rapport émet donc une série de
recommandations, à court et à moyen terme.
Puissent-elles inspirer les pouvoirs publics
pour qu’ils prennent soin des très jeunes
enfants, favorisent le développement de leurs
capacités et compétences, et les prennent en
considération en tant qu’acteurs et sujets de
droits au sein de notre société.
Geneviève AVENARD,
Défenseure des enfants
Adjointe du Défenseur des droits
Jacques TOUBON,